| Malika
Popsicle : Danser ou Voler (par Mélanie) |
À chaque fois, c'était comme dans un rêve. Un rêve
éveillé. Ou un cauchemar, tout dépendamment de qui
rêvait. À chaque fois, c'était des cris, des hurlements,
des hurlements qui battaient le vent qui tombait, chaque fois, dans sa
tête. Alors elle sortait, rapidement, fébrilement. Elle courant
à tout rompre, même son souffle. Rien ne pouvait la ralentir,
rien, sinon la vue d'une victime près du sol. Quand elle en voyait
une, son cœur s'emballait en la forçant à agir étrangement.
Pourtant, Malika Popsicle avait toujours été une fillette
exemplaire, une adolescente normale et une jeune femme accomplie. Elle
étudiait la biologie à l'Université et était
serveuse à temps partiel dans un petit restaurant, au coin des rues
Joffres et Montréal. Elle semblait avoir tout d'une femme normale,
du haut de ses 24 ans.
Tout, excepté ses activités contre-ordinaires. Elle avait
d'abord commencé par se prostituer pour payer son loyer. Les études
universitaires n'étaient pas données, surtout avec toutes
les dépenses encourues lorsqu'une personne possède un chez-elle.
Alors, les deux premières années de son BAC, en plus de servir
aux tables deux soirs par semaine, Malika fréquentait des clubs
bien réputés pour la qualité de ses danseuses. Et
elle y dansait, souvent. Elle appréciait énormément
ce genre d'exposition, ce genre de spectacle. Depuis qu'elle était
toute petite, elle adorait la danse classique. Pour elle, les vêtements
serrés et les mouvements féminins n'avaient guère
de secrets. Elle allait donc sur scène, l'air confiant et satisfait.
C'était une activité des plus payante et son patron, un homme
d'affaires très intelligent, faisait en sorte que chacune de ses
danseuses soit bien traitée, autant par le personnel que par les
clients. Dès qu'il y avait un problème, il était là,
pour protéger ses filles. Les soirs où il ne l'appelait pas
pour travailler, Malika revêtait tout de même une tenue des
plus sexy et allait attendre un client, patiemment, au coin des quelques
rues drôlement réputées de la ville.
De toute évidence, les diverses activités nocturnes de
Malika lui prenaient beaucoup de temps, et d'énergie. Au début
de sa maîtrise, le cœur un peu fatigué et le corps épuisé,
elle pensa se trouver autre chose de moins exigent. Un de ces professeurs
de biologie, le très renommé Armond Robidoux, lui fit une
offre très considérable. À temps très partiel
ou très plein, selon les volontés de l'étudiante,
elle aurait à parcourir ces rues bien connues, mais cette fois,
à la recherche de proies animales, et non humaines. Elle accepta.
Payée 10$ la tête, Malika se devait bien de chasser des heures
durant afin de payer épicerie et loyer. Alors elle passait ses soirées
dehors, à la recherche de victimes quadrupèdes. Dans sa voiture
qu'elle stationnait dans des endroits plus sombres, se trouvaient plusieurs
cages différentes. Quelques unes pouvant accueillir des félins,
d'autres des canins, les autres, plus petites, pouvaient contenir à
peu près tout ce qui s'adonnait à passer par là.
Puis, dès que sa voiture était assez pleine, elle se rendait
au laboratoire de Monsieur Robidoux et y déposait les animaux. Elle
les plaçait tous dans la même cage, évidemment, par
soucis d'espace. Puis, elle laissait une note, sur le bureau du professeur,
indiquant le nombre de têtes ainsi que la race de ces derniers. Si
l'animal portait un collier, elle l'indiquait sur la feuille. Dès
la fin de la semaine, un montant d'argent placé dans une enveloppe
portant son nom l'attendait sur le bureau de Monsieur Robidoux. En moyenne,
l'activité lui permis de récolter près de 200$ par
semaine. C'était un presque loisir payant, mais triste. Elle n'osait
guère demander au professeur l'utilité des animaux qu'elle
lui rapportait. Il était professeur de biologie animale et cela,
elle le savait. Puis elle se disait que même si elle avait refusé
le travail, une autre personne aurait, à sa place, raser les rues
de la ville.
Malika vivait, tristement, des conséquences de ses actes. Elle
retournait seule chez elle le soir, les remords au ventre. Elle s'en voulait.
Elle pensait à toutes ces familles à qui ont avait volé
l'animal et cette seule pensée lui donnait des haut-le-cœur. Après
quatre ou cinq mois, Monsieur Robidoux offrit un double salaire à
Malika. Elle lui avait rapporté 15 têtes, pourtant, 300$ se
trouvait dans l'enveloppe. Pour éclaircir la situation, elle se
rendit chez son professeur pour lui demander explications. La raison était
simple. La jeune femme n'allait plus chasser, elle allait plutôt
se diriger vers la revente. Étonnée, elle se demanda la revente
de quoi. Le professeur lui expliqua comment s'y prendre.
Son œil devait rester vivement ouvert et regarder toutes les affiches
postées dans la ville. Lorsqu'une de celles-ci présentait
un animal, Malika l'arrachait et l'épinglait sur le babillard du
laboratoire. Cherchant l'animal dont la tête était sur l'affiche,
Malika ressentait un profond état de bien-être. Contrairement
à tout ce qu'elle avait présumé auparavant sur son
professeur, ce dernier n'avait rien de bien malicieux. Enfin. Presque rien.
Quelques jours plus tard, il disparu étrangement, lui aussi. Malika
pris en charge de remettre tous les animaux à leur maître
et ceux qui restaient sans foyer était confiés aux gens seuls
ou aux familles qui vivaient dans le quartier. Ainsi, elle ramassa près
de 2000$ en un mois et tous les animaux trouvèrent maison.
Encore aujourd'hui, elle travaille dans son petit restaurant. Il lui
arrive fréquemment de penser à Monsieur Robidoux. Bien qu'elle
soit maintenant gérante, elle s'ennuie du temps où elle gagnait
autant d'argent. Nettoyant une table, elle vit en couverture du journal
un titre qui l'accrocha "Un professeur de biologie de l'Université
de Batsbourg emprisonné pour arnaque". Malika souria et alla desservir
une autre table. |