L'instrument
par Mélanie |
Lorsque j'ai
été fabriquée, tout les gens m'admiraient. J'étais
une sorte de mélange de savoir-faire de plusieurs artisants, j'étais
une création, un oeuvre d'art. On m'a acheté, puis, utilisé.
J'ai vibrer. J'ai raisonné. J'ai fait exploser bien des têtes,
j'ai fait languir bien des coeurs. J'ai fait ressentir aux gens ce qu'ils
avaient besoin de ressentir. Je n'ai été qu'un instrument.
Maintenant que mes cordes ont du millage, que mon bois est un peu moins
lustré, je suis placée sur un pied, en attendant. Je suis
bien serrée, en attendant. En attendant quoi, je l'ignore. Peu de
visiteurs s'intéressent à mon aspect quelque peu défraîchit.
Pourtant, lorsque j'étais à peine utilisée, toute
neuve, toute rayonnante, je sonnais si bien. On m'a envié. J'étais
l'élément clé du spectacle, l'instrument au milieu
de l'orchestre. Certes, je ne vaux plus très cher. Mais l'on me
garde, par respect. Par souvenir. Par croyance. Superstition. J'ai porté
bonheur, alors j'ai un rôle à vie. C'est une belle place,
celle de l'arrière-scène. La plus grande même. Bien
méritée même. Mais un peu froide. Bien sûr, si
je signifiais ma solitude, on ne me comprendrait pas. Si j'expliquais au
musicien qui a tant gratté mes cordes que j'aimerais qu'il me gratte
encore, je briserais sa spontanéité. Son intérêt
pour moi. En attendant, je reste là, bien accotée sur un
morceau de métal froid, à regarder le temps passer. Ma copine
l'horloge égraine les secondes, et la poussière recouvrent
mes cordes. Mais ça, personne n'a besoin de le savoir. Le son est
éternel. Au début était le son. Et j'étais
le son. Et le son était moi... |